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Jamal Bellakhdar : Les tentions du jardin marocain


MARRAKECH - Jamal Bellakhdar est l'un des grands ethnobotanistes marocains contemporains. Il est pharmacien et docteur en sciences de la vie. Il est actuellement chercheur en ethnobotanique et ethnopharmacologie à Metz (France).Il dirige la revue Al-Biruniya (Association Al-Biruniya, BP 6303, Rabat) et Préside une l'ONG pour le soutien au développement durable “Les Graines de Babel”.



Ethnobotanistes marocains : Jamal Bellakhdar
Ethnobotanistes marocains : Jamal Bellakhdar
Il a reçu trois fois le prix Maroc du livre en 1979, 1997 et 2003. En tant que citoyen attaché à la défense des droits de l'homme et de la démocratie, il soutient l'action d'Amnesty international.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur les populations maghrébines et leurs traditions : 
 
- Médecine traditionnelle et toxicologie ouest sahariennes (éditions Techniques nord-africaines),
 
- Tissint, une oasis du Maroc présaharien (en collaboration avec A. Benahid, j. Vittoz et I. Maréchal, éditions Al Biruniya),
 
- Pharmacopée marocaine traditionnelle (édition Ibis Press).

Le jardin pour Jamal Bellakhdar est un lieu de tensions entre deux imaginaires, l'un représentant le mondain (al-dounia) et l'autre l'audelà (al-akhira), entre le local et le global ensuite, enfin entre l'utilitaire et l'agrément.

Il explique dans un entretien avec Jean François Clément pour notre magazine Jardins du Maroc jardin du monde, les tentions du jardin marocain :

A l'intérieur du monde arabo-musulman, le Maroc a donné naissance à une société spécifique d'horticulteurs. Dans cette aire culturelle, le jardin est une fusion de deux images, une modélisation idéalisée des deux mondes, le monde d'en bas, avec, d'une part, son modèle de l'oasis, lieu de la vie, de la fécondité en milieu aride, de l'ombre, du repos et de l'autosuffisance et, d'autre part, le paradis, un lieu de résidence éternelle imaginé et construit conformément aux attentes des humains, un lieu où toutes leurs frustrations seront levées.

L'ordre du jardin, bien qu'il soit conçu selon des standards d'esthétique humaine, est à l'image de celui de l'univers, et rend compte d'une certaine façon de la totale interdépendance de l'homme et de son monde.

Il ajoute pour la  tension du local et du global que tous les jardiniers du monde constituent d'abord leurs jardins à partir des plantes fournies par l'environnement immédiat. Aujourd'hui, les jardins du Maroc connaissent un joyeux mélange de plantes, ce qui est la conséquence d'une mondialisation botanique qui a précédé l'actuelle phase de mondialisation puisque, dans le domaine de l'échange des plantes et des connaissances, celle-ci a commencé avec les premières migrations humaines et les premières relations commerciales.

On pourrait citer en vrac les arbres les plus communément utilisés pour agrémenter les riyâd-s comme le citronnier, le cédratier, l'arbre de Judée, le cyprès, le palmier-dattier, le grenadier, le figuier, le cognassier, la vigne, le poirier, le bananier, le jujubier cultivé, le mûrier.  

Il faudrait ajouter également les plantes qui poussent en contrebas des allées, dans les parterres, comme les rosiers, les jasmins, les œillets, les giroflées, les narcisses, les hyacinthes, les roses trémières, le basilic, la marjolaine. De nos jours, on y trouve aussi des espèces ornementales qui n'ont rien de typique et qui modifient la physionomie du jardin marocain traditionnel.

Pour la troisième tension de  l'utilitaire et l'agrément il dit : le jardin peut servir à produire des plantes pour sa propre alimentation ou pour celle des autres. C'est ce que l'on appelle un jardin de rapport (arsat). Les jardins urbains marocains sont situés au cœur même de la maison (riyâd-s) ou dans son prolongement immédiat. Ces jardins, de la même manière que la maison arabe, sont des espaces fermés n'ouvrant sur l'extérieur qu'en direction du ciel.

La part de l'agrément est capitale dans les demeures princières, qu'il s'agisse des jardins de Madinat Al-Zahra, en Andalousie, des palais marocains, de Dar Batha à Fès ou de la Bahia à Marrakech, construit par les deux grands vizirs Si Moussa et Ba-Ahmed, du palais du Dey à Alger ou des résidences beylicales de Tunis.

Jardins du Maroc
Samedi 26 Mai 2007



1. Posté par moustachir le 08/06/2007 23:54
merci pour C est site car il y a une bonne phrase.
http://www.jardindumaroc.com

2. Posté par moustachir le 08/06/2007 23:56
merci pour C est informatien.
http://www.jardindumaroc.com

3. Posté par Stan Idelsen le 13/06/2007 23:03
Ce serait pas mal si ce monsieur féru de sciences reconnaissait ses propres origines (amazighe) et arrêtait de fantasmer sur un hypothétique (je dirais phantasmagorique) "maghreb arabe" qu'il n'a jamais été : les arabes sont venus par hordes de 10.000 soldats (pillards) et les jardiniers ce n'étais pas eux mais bien les Imazighen (berbères) !
Maintenant que le Roi M6 finance lui-même un institut pour l'Amazighité, il est temps que les brebis égarées comme ces pseudos "arabes" atterrissent et reconnaissent l'amazighité de leur pays ! Dire qu'il y a une pharmacopée "arabe" c'est mentir : de tous les scientifiques "arabes", il n'y en avait pas un qui n'appartenait pas à une minorités (amazighs, Nestoriens, kurdes, perses, juifs,etc.)

4. Posté par claude le 17/06/2007 17:44
Je partage l avis de M Stan Idelsen que j aimerais connaitre. M Bellakhdar est agé,malade et n est pas allé dans son pays depuis longtemps. Son livre ,excellent sur la pharmacopée marocaine recense les usages locaux qui n 'étaient pas Arabes. Les jardins marocains n existent que chez le Roi et les Princes,les jardins publics sont très pauvres en espèces,la plupart introduites par les Français. (jardin d essais de Rabat...). Le seul jardin un peu interessant,celui de Salé,crée par M François vient d etre "nettoyé",il en avait grand besoin après 20 ans d abandon,et vaut à peine la visite!. Les Marocains n aiment pas les jardins publics, qui sont toujours sales et mal entretenus,sauf les royaux inaccessibles...M Bellakhdar est peu qualifié pour parler des jardins marocains !

5. Posté par IAN MANSOUR DE GRANGE le 19/06/2007 12:43
Salamou aleykoum !

Tout d'abord, bonjour à Jamal Bellakhdar et félicitations pour son travail. Résidant moi-même en Mauritanie, je participe à la (difficile) mise en place d'une filière nationale de plantes médicinales dans ce pays, et aimerais établir un contact étroit avec tous ceux qui s'activent en un même sens dans les pays du Maghreb et du Sahel.

Quant aux fielleux racistes et islamophobes, je leur rappellerai simplement que l'histoire commune entre les monde arabe et maghrébin a plus de 1200 ans d'existence et des milliards de vies et de morts emmêlées, haines, sangs et larmes, bien sûr, mais aussi amours, voluptés et rires... Je suis breton de (très) vieille souche et si la Bretagne a violemment souffert de la France, depuis 500 ans que celle-ci a annexé nos terres, je ne m'en reconnais pas moins, et déjà, français... On peut avoir deux, voire plusieurs cultures... Musulman, je m'enrichis, par exemple, et enrichis mes racines, d'un excellent terreau... Où croyez-vous, petites bornes sans souvenirs, que l'Occident a pêché les modèles de ses jardins ? Des somptuosités baghdadéennes aux vertiges marrakchis en passant les splendeurs de la Tchahar Bagh, l'art botanique des musulmans a décrotté nos élites qui se plaisaient, encore, sous Louis XIV, à puer comme des boucs... Plaise à Dieu que ceux-là retrouvent le goût de leurs prédécesseurs, et vive la compétition dans les bonnes oeuvres : c'est plutôt de cela dont on a tous besoin, en ces temps de marasme planétaire...



6. Posté par Stan Idelsen le 22/06/2007 23:55
Oui Cher Monsieur DE GRaznge, je pene qu'il y a maldonne : TOUS les médecins dits "arabes" étaient Nestoriens : ce n'est pas moi qui le dit mais des chercheurs du CNRS bien Français. Je ne vois pas de racisme ou de soi-disant islamphobie à dire la Vérité à nos enfants ! Les 99% des savants "arabes" ne l'étaient pas, mais bien assyriens, Coptes, juifs, arméniens, perses, amazighs ou kurdes comme Al Khawarizmi, et les élites occidentales commencent à s'en rendre compte car l'Arabisme est une idéologie crée par l'Occident lui-même (lisez les mémoires de Laurence d'Arabie...). Je comprends parfaitement votre complexe de breton refoulé : Saddam ne déclarait-il pas à des journalistes qu'il était d'origine Assyrienne? Bref, ce qui est politiquement correct n'est pas scientifique et il faut déconstruire le faux pour remettre le Vrai à sa place. Voilà cher Monsieur le propos de mon intervention et rien d'autre !

7. Posté par Stan Idelsen le 27/06/2007 00:11
Encore une précision pour notre ami pro-arabiste : la majeure partie des noms des plantes se trouvant en Maurétanie ont (encore) un nom commençant par un "a" ou les lettres "ta" ce qui veut bien dire que ce sont de snoms amazighs (berbères) et ignorer cela veut simplement dire que l'on pert un outil précieux pour connaître les usages de cette plante. Je n'ai même pas besoin de dire que les "blancs" de Maurétanie (dont le nom vient du mot Maure et qui est synonyme de "pays des amazighs") dit tout des origines de ce peuple... Il n'y a d'ailleurs qu'à demander à un(e) spécialiste en ethnologie du CNRS pour en avoir le coeur net : tous les rituels de ce pruple est à 100% d'origine Touareg mais au lieu de reposer sur la femme, qui a le leadership dans cette société, il a été machisé par le passage à l'arabophonie.

8. Posté par Lyoussi Omar le 07/11/2007 12:45
Je tombe par hasard sur ce forum. Je suis moi-même berbère et chercheur sur le thème de l'identité berbère et ce que je viens de lire sur cette page est totalement affligeant pour la cause des berbères car je n'y ai rien trouvé de plus qu'un délire anti-arabe et antiscientifique, des propos fielleux, une méconnaissance totale de la réalité locale et des jugements qui ne sont corroborés par aucune donnée vraie.

Dans le cadre de mes recherches personnelles, j'ai lu à fond la demi-douzaine d'ouvrages publiés par Jamal Bellakhdar qui est l'un des grands chercheurs de notre pays, doublé d'un militant toujours en première ligne des belles causes, et je peux affirmer que ce qu'il dit et pense des cultures berbère, arabe et de leur synthèse marocaine est beaucoup plus vrai que tout ce qu'un tel ou un tel a pu proférer comme contre-vérités sur ce forum.

Je ne veux pas me priver du plaisir de le citer comme le meilleur des démentis aux jugements imbéciles formulés dans diverses interventions. Voilà ce qu'on lit sous sa plume (dans “La pharmacopée marocaine traditionnelle”) :

« A ce stade, il est important de préciser cette notion de pharmacopée et de médecine « arabo-islamique » que nous retrouverons plusieurs fois par la suite. Pourquoi ce qualificatif « arabo-islamique » qui peut paraître, à première vue, ethnique et confessionnel et qui possède, pour beaucoup, une connotation politique ?
En fait, cette définition n'a rien à voir avec l'idéologie et doit se lire au premier degré : car, quand nous disons de cette médecine (ou de cette pharmacopée) qu'elle est « arabe », nous ne voulons pas dire qu'il s'agit de la médecine (ou de la pharmacopée) « des Arabes », au sens ethnique du mot. Nous voulons simplement signifier par là qu'elle est écrite en langue arabe. En effet, à cette époque, les savants et les médecins, quel que soit leur pays d'origine (du Maghreb à la Transoxiane, en passant par le Caucase et le Proche-Orient) écrivaient pour la plupart en arabe qui était la langue scientifique par excellence. A titre d'exemple, le grand savant du Xe siècle, Al-Biruni, originaire pourtant du Khwarezm, aux confins de l'Asie Centrale, déclarait préférer la langue arabe à la langue persane pour la rédaction de ses ouvrages, car, disait-il, la langue arabe rend mieux la pensée scientifique. Ibn an-Nadim, dans son « Catalogue » affirmait lui aussi la supériorité de la langue arabe.
Pour définir cette médecine, nous employons aussi, en complément du déterminant « arabe », que nous faisons figurer en premier, le qualificatif « islamique ». Nous disons « médecine islamique » parce que le cadre de mouvance et de développement de cette science fut le monde musulman, même si des non-musulmans – Juifs et Chrétiens notamment – y ont joué un rôle important.
Cette notion de médecine et de pharmacopée « arabo-islamique », sur laquelle s'accordent tous les orientalistes, relève donc d'une attribution culturelle et non d'une définition ethnico-confessionnelle. Il était nécessaire de bien préciser ce point, avant d'aller plus loin.
Je disais donc que la médecine traditionnelle marocaine était principalement d'inspiration arabo-islamique. C'est vrai, pour au moins 75 %, mais on ne peut s'en tenir à cette seule dominante si on veut bien comprendre l'originalité de la pharmacopée marocaine.
Mes enquêtes m'ont permis de découvrir que d'autres influences avaient contribué à modeler la personnalité du système de soins en usage au Maroc : la culture berbère à laquelle s'identifie une grande partie de la population ; des apports venus de la Péninsule ibérique à l'époque florissante de l'Andalousie musulmane ou d'Afrique Noire à la faveur des échanges transahariens ; des croyances hébraïques véhiculées par l'importante communauté juive ; et plus tardivement des influences occidentales. La position géographique du Maroc, qui en fait un carrefour entre l'Orient et l'Occident, le Nord et le Sud, n'est pas étrangère à cette situation.
Un autre facteur important qui fait l'originalité de ce savoir est son profond enracinement dans l'environnement naturel du pays qui lui fournit l'essentiel de ses ressources. Son caractère innovateur par rapport aux savoirs écrits (grec et arabe, essentiellement) se manifeste notamment par la présence dans le droguier marocain de certains produits qui lui sont propres et qui sont fournis par le milieu, caractérisé par un taux élevé d'endémicité des taxons ».

Et plus loin :

« Le patrimoine culturel marocain apparaît bien aujourd'hui comme le résultat de l'histoire du peuplement du Maroc, histoire qui fut elle-même conditionnée par la position géographique du pays.
Ainsi donc, les deux dimensions, temporelle et spatiale, jouèrent conjointement dans la genèse des traditions culturelles de la population marocaine et dans la formation de sa personnalité.
Que peut-on dire aujourd'hui de cette identité spécifiquement marocaine ? Est-elle réellement différente de celles des autres peuples arabes, celles de ses voisins en particulier ? A quel niveau se situent les convergences éventuelles dans le cas où celles-ci existeraient ? Et en quoi réside son particularisme, si particularisme il y a ?
La réponse n'est évidemment pas simple dans ce domaine où des considérations d'ordre politique et idéologique viennent brouiller les cartes. Les historiens parviennent néanmoins à s'accorder sur quelques vérités. A quelques nuances près, et en ne considérant que les grands traits, les traditions culturelles du peuple marocain apparaissent très semblables à celles du reste du monde arabe. Toutefois, la marque berbère sur la culture populaire est aussi une réalité indéniable et couramment observée. Il n'est que d'examiner certains secteurs de cette culture - poésie populaire, chants, danses, contes et légendes, vocabulaire naturaliste, artisanat, toponymie - et on pourra facilement constater que tout ce patrimoine oral est largement tributaire d'un fonds culturel berbère qui ne s'est jamais totalement effacé devant la civilisation arabe. D'ailleurs, de quoi est-elle faite cette civilisation arabe sinon des apports culturels de toutes les nations conquises et converties à l'Islam : l'Arabie, la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine, l'Egypte, la Perse, l'Asie Centrale, l'Afrique du Nord, etc.?
C'est pourquoi le terme le plus adéquat pour parler de cette rencontre entre divers groupes humains à la faveur de la conquête arabe, c'est celui de “fusion culturelle additionnelle”.
C'est justement cette mixité arabo-berbère, indissociable et non réductible, qui fait la particularité de la culture marocaine bien que celle-ci, encore une fois, s'inscrive dans le cadre général de la civilisation arabe.
Il en est de même des mœurs et des croyances dans une région qui fut autrefois la seule à résister aux invasions et occupations de toutes sortes venues du Nord ou de l'Est, à l'exception de la conquête musulmane. A travers cet esprit d'indépendance farouche, l'âme berbère apparaît bien comme fondamentalement attachée à ses valeurs, à ses coutumes, à son mode de vie. Et si l'Islam a réussi là où les autres ont échoué, c'est qu'il a su s'adapter à cette mentalité et qu'il était lui-même porteur de principes d'égalitarisme, d'esprit communautaire et de démocratie correspondant tout à fait à l'attente du monde berbère.
Le résultat de cette fusion humaine et culturelle se manifeste aujourd'hui dans l'attachement unanime de toutes les composantes de la population marocaine - y compris ses communautés juives résidentes ou expatriées - à la civilisation arabe. Mais cet attachement n'est pas contradictoire avec l'existence d'un espace mental et psychologique nourri d'esprit d'indépendance et de liberté qui découle de l'histoire du pays et qui fait toute la singularité de la culture marocaine. » (fin de citation).

Voilà ce que moi j'appelle de la sagesse !
Quant à Dame Claude qui laisse entendre qu'elle connaît tout de la vie privée de Bellakhdar, ce qu'elle dit est totalement faux : il a été malade, c'est vrai, mais il s'est soigné ; voilà plusieurs années qu'il refait un mi-temps dans son pays, et aussi beaucoup de terrain, et je ne crois pas qu'à 60 ans, les neurones d'un chercheur passionné soient déjà vieux.
Et pour ce qui est du jugement péjoratif de cette dame en ce qui concerne le rapport qu'entretiennent les Marocains avec leurs jardins, je considère qu'il s'agit tout simplement d'une insulte à nos compatriotes.

Omar Lyoussi

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