Choisir les mains comme centre d’intérêt, c’est choisir de réfléchir sur cet organe préhensile, organe qui sert à saisir et à maintenir sans être uniquement destiné à ces buts.
Nous avons inscrit nos mains dans une géographie, un lieu où elles sont plus utiles qu’ailleurs : le Maroc. Dans ce coin du monde, presque tous les métiers, toutes les traditions, toutes les habitudes se font grâce aux mains. Les gens consomment, par obligation, les produits modernes faits avec des machines dans des usines, mais préfèrent plutôt les produits artisanaux, ceux qui sont fabriqués dans des échoppes au fond de la médina, avec des artisans qui ne possèdent que leur amour pour leurs métiers et qui veillent à les transmettre aux générations à venir. Peu importe le gain matériel pour ces faiseurs de miracle, la qualité de l’article l’emporte sur tout. Le fabriquant peut se pencher six mois sur un objet en passant le clair de son temps, chaque jour, à le manier entre ses doigts comme un prestidigitateur, espérant en faire une œuvre d’art. Il n’est satisfait que le jour où il ne reste plus de place pour aucune touche, le jour où il estime, comme un peintre, que son tableau est fini. A ce moment-là, vient le temps de l’exposition. Aucun prix ne vaut pour lui les jours de labeur, cependant une simple reconnaissance le fait planer dans les cieux.
Au Maroc on baise la main du professeur ou du père pour témoigner son obédience, on serre dans sa paume la main de l’ami pour lui montrer son affection et sa sympathie, on tend la main pour demander l’aumône, on orne les mains avec du henné pour partager la joie d’autrui ou afficher son propre bonheur…Les mains sont à l’origine de plusieurs proverbes et dictons marocains, c’est un objet de création et de rêve. Paul Verlaine partage ce point avec les marocains en disant « Les chères mains qui furent miennes : les chères mains m’ouvrent les rêves. »
My Seddik Rabbaj
Marrakech, août 2010